Imprimer

Partage de printemps #2

Partage de printemps #2

Chères amies, chers amis,

Pour ce deuxième partage de printemps, préparant les moissons du futur, nous vous proposons de découvrir le texte que vient de nous faire parvenir Luc Bigé, suivi de la troisième lettre de Monique Schloupt, et ci dessous un extrait du poème de Alfred de Musset, "La nuit d’octobre".

"L’homme est un apprenti, la douleur est son maître, Et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert. C’est une dure loi, mais une loi suprême, Vieille comme le monde et la fatalité, Qu’il nous faut du malheur recevoir le baptême, Et qu’à ce triste prix, tout doit être acheté. Les moissons pour murir ont besoin de rosée, Pour vivre et pour sentir, l’homme a besoin de pleurs, La joie a pour symbole une plante brisée, Humide encore de pluie et couverte de fleurs."
Alfred de Musset


Texte de Luc Bigé

Le virus, une ruse de la Vie ?
 
Bien sûr, c’est la guerre, la guerre, la guerre, la guerre, la guerre, la guerre (six fois) car nous sommes dans un monde où nous avons besoin d’ennemis pour réussir une « union sacrée » qui, nous aurions tord d’en douter, se délitera dès les premiers beaux jours revenus.
 
À moins que ?
 
A moins que nous ne puissions explorer et approfondir cette situation autrement que dans une logique causale et violente qui dit « non à la vie », une logique qui développe des armes pour atteindre des cibles. Celle-ci qui prévaut plus que jamais dans un monde politique phagocyté par une économie devenue omniprésente et toute-puissante. Qui, dans les années soixante, hormis certains spécialistes, suivait les cours de la bourse ? Aujourd’hui, par un retournement dont la vie a le secret, l’économie est contrainte de servir les hommes. En même temps, elle dévoile sa dimension relative puisque, contrairement à toutes les règles considérées jusqu’ici comme intangibles, une manne financière tombe du ciel, une pluie d’argent cliquette partout, tendez l’oreille… Mais qui paiera ? Faudra-t-il envisager une annulation de toutes ces dettes ? L’argent naguère introuvable pour l’hôpital, l’école ou les sans-abris surgit comme par magie. Mais alors à quoi bon travailler ? L’argent, plus que jamais, est éphémère, liquide…
 
Par delà son aspect sanitaire cette crise ébranle l’ensemble de la société et ses valeurs puritaines nées de la Réforme de Luther. L’Histoire nous rappelle que les guerres ont à chaque fois changé le visage des civilisations qui les ont traversées.
 
A noter que les nations qui ont choisi de ne pas se confiner – c’est une option qui a son sens – comme l’Angleterre et les Pays-Bas ont une longue tradition de commerce. La vie extérieure fait partie des gènes qui ont construit l’identité de ces nations.
 
Nous sommes donc confinés à la vie intérieure pour une durée indéterminée. Et nous observons que l’intériorisation conduit à l’extériorisation des qualités du cœur envers les soignants, mais aussi les proches et les moins proches. Avec un peu de chance, cela va durer suffisamment longtemps pour ancrer ces nouvelles dispositions dans les consciences. Avec un peu de chance, les consolations de la société de consommation ne seront plus désirables car la vie intérieure, physique d’abord par le confinement, puis psychique par l’approfondissement de la conscience, aura œuvré à transformer un peu l’homme moderne. Paradoxalement – mais tous les fondamentaux contiennent en germe une chose et son contraire – la liberté intérieure croit dans l’enfermement extérieur, rééquilibrant ainsi plus d’un siècle de projections effrénées hors de soi, hors du Soi. Ce Soi qui est, pour chacun, un espace de lumière et d’amour dansant dans un corps d’argile.
 
Cela n’ira pas sans la traversée de zones de turbulences comme la peur du manque ou l’angoisse de l’avenir. La conscience qui n’est pas habituée à l’introspection trouvera, surtout au début et vers la fin, le temps long. Elle est pourtant assise sur un trésor, ce trésor qu’elle chercha si longtemps et si vainement dans le monde non confiné.
 
Alors oui, ce virus est une ruse de la Vie qui porte dans son nom la couronne (corona). Dans notre monde, si orienté business, peut-être nous invite-t-il à remettre la couronne à sa place, autour du cœur. Il s’agit en effet du seul organe de notre corps qui la porte d’une manière légitime puisqu’il s’agit des coronaires, ces artères qui nourrissent en sang oxygéné l’organe de l’amour. Jusqu’à présent la couronne était portée sur la tête dans un monde qui bichonnait l’intelligence, la pensée, la critique et les résultats aux examens.
 
Faut-il rappeler, toujours dans l’ordre symbolique, que l’anglais earth (la Terre) est l’anagramme de heart (le cœur)… et que tous deux contiennent, l’oreille, l’organe de l’écoute (ear) ? Écouter plutôt que faire, sentir la vibration du souffle au creux de l’oreille et de l’oreillette plutôt que d’agir pour piller les richesses écologiques de cette Terre qui nous a donné vie en même temps que des milliards d’autres espèces…
 
Quoi d’autre ?
 
Nous sommes tous interconnectés sur cette planète, pas seulement entre humains mais aussi avec toutes les formes de vie, si petites soient-elles.
 
Et chez les humains la hiérarchie des valeurs change et se rééquilibre. Une trader est-il plus utile qu’un livreur pour l’harmonie sociale dans cette période de crise ? Un influenceur plus essentiel qu’une caissière pour le bien-être de tous ? Un chef d’entreprise est-il plus un « premier des cordée » qu’une infirmière ? Notons que le féminin resurgit comme une valeur au moins aussi essentielle que les disciplines habituellement considérées comme masculines, synonymes de forces et de conquêtes.
 
Nous sommes, si nous le voulons, à l’aube d’un grand retournement.
 
Luc Bigé
22/03/20



Lettre de Monique Schloupt

Bonjour à tous, 
 

Nous voici à nouveau à poursuivre nos pensées et réflexions. Les jours passent et parfois la vision des choses n’est plus placée sous le même angle, les informations fusent de toute part et c’est parfois difficile de s’y retrouver. Alors, peut être est-ce important de commencer pour les uns et de poursuivre pour les autres à porter un regard différent sur ce qui nous entoure et surtout de comprendre comment nous regardons et finalement à quoi servent nos yeux !
Rien ne se passe par hasard, vous le savez. De la rencontre d’une personne au coin de la rue à la moindre présence d’un oiseau sur le bord de notre fenêtre, tout a un sens, tout se place, tout se comprend en temps et en heure. Et pourtant, toujours dans un rythme effréné, nous n’avons pas su regarder, su voir et donc pas su comprendre les signes, les visages, la tristesse de l’un, la détresse du voisin, la joie de l’enfant, la souffrance de la végétation et surtout, nous n’avons pas su voir la beauté dans toute sa grandeur qui nous entourait…
Quelle est cette conscience placée dans nos yeux ? Maintenant que nous sommes au ralenti, posons-nous les bonnes questions sans culpabilité et sans jugement. Qu’est-ce que finalement je n’ai pas vu venir ? Qu’est-ce que j’ai vu sans voir parce que mon esprit faisait mille choses à la fois ? Qu’est-ce qu’il m’arrangeait de ne pas voir ? Qu’est que j’ai fait semblant de ne pas voir alors que j’avais vu ? et nous pourrions encore continuer ainsi longtemps… Cela ne concerne pas que notre vie personnelle… cela concerne toute la vision qui nous est donnée de la famille, de notre entourage et de toutes les informations dans le monde… Qu’avons-nous fait de nos yeux ?
Dans ce moment obligé de pause, je serais à vous suggérer de prendre du temps à observer avec vos yeux. Aujourd’hui surtout, je serais tentée de vous dire d’être attentif, d’être dans en état de vigilance


Ouvrir l’œil... et le bon !
Vous avez tous les jours des messages qui passent devant vos yeux que ce soit votre propre regard sur vous-même, en prenant soin de vous, faire preuve de bienveillance pour les siens par exemple, être bon pour un voisin ou un animal, voir les signes que l’Univers vous envoie, être rempli de compassion pour une personne qui mendie dans la rue et que finalement chaque jour, nos yeux ne voient plus. Le regard que l’on détourne, les yeux que l’on baisse…. sur un monde que l’on n’a pas vu petit à petit glisser dans la détresse.
Finalement, nos yeux se sont endormis et nous n’avons plus vu l’essentiel qui se place tellement dans la simplicité des choses et dans l’humilité.
N’oubliez pas que vos yeux sont aussi ceux qui transmettent la Lumière. Parfois, mieux qu’une parole, vos yeux parlent tout seuls. Ils sont, avec le sourire, le passage d’une énergie qui peut suffire à rendre heureux celui qui la reçoit.
Plus que ce que vous faites habituellement, essayez quand vous observez, de voir plus loin et plus en profondeur que ce que vos simples yeux vous montrent. La beauté des choses ou les appels au secours dépassent le simple regard. S’attarder, observer, être vigilant à ce qu’il se passe éviterait bien des passages aussi difficiles de celui que l’on vit aujourd’hui.
La secousse qui nous assaille nous réveille car elle dépasse de loin l’entendement des choses, bascule totalement notre vie dans laquelle nous nous étions endormis. Puisse-t-elle alors réveiller les consciences et ramener chacun au centre de soi-même pour une évolution profonde.
Portons alors à la fin de cette lecture, un regard d’Amour et de compassion à toutes ces personnes qui ont besoin d’aide dans le monde et commençons à porter un regard différent et lumineux pour que l’équilibre puisse émerger à nouveau.

Avec ma plus grande affection
Monique Schloupt
Le 26/03/2020



 

Inscrivez-vous à notre Info-Lettre